D’abord ne pas nuire, ensuite soigner

Primum non nocere deinde curare (Hippocrate)

Comprendre pour agir ou l’intérêt des démarches de diagnostic

Le terme de diagnostic renvoie au fait d’analyser une situation pour en dégager les déterminants, les facteurs sources, et ce afin d’expliquer les phénomènes en présence et de catégoriser la situation pour enfin sélectionner les modes d’action adaptés au regard de connaissances données.

Ce processus mental, pour être efficient, nécessite :

  • Une base de connaissances disponible (modèles de référence, expériences antérieures),
  • Du temps pour recueillir les données et caractéristiques de la situation à analyser,
  • Un contexte permettant d’assurer l’aspect factuel des données recueillies.

Par la prise de recul qu’il nécessite, l’exercice de diagnostic est une action sur la durée visant à aller dans le détail des situations pour en comprendre les fondamentaux. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, les démarches de diagnostic sont souvent privilégiées lorsqu’il s’agit d’agir en prévention (prévention primaire) malgré les limites qu’elles peuvent présenter dans le développement de politiques d’amélioration continue de la qualité de vie au travail.

Parce que questionner le sens de nos interventions enrichit notre pratique et nous permet de toujours tendre vers l’efficacité des actions en faveur de la santé au travail et parce que l’efficacité de la méthode déployée dépend de son adéquation avec les difficultés à résoudre, les objectifs à atteindre et le contexte dans lequel nous intervenons, revenons sur la nécessité des démarches de diagnostic.

Agir pour pouvoir mieux comprendre

Dans notre profession, il est courant d’être sollicités pour une demande de « diagnostic car les salariés vont mal ».

Lorsqu’il y a souffrance, lorsque le mal-être s’exprime, lorsque la situation de crise touche de plein fouet les individus et impacte leur santé, il est bien entendu nécessaire de trouver les causes profondes des troubles pour les éradiquer, mais l’urgence n’est-elle pas tout autant dans l’apaisement et le soutien de l’individu lui-même avant toute chose ?

Dans ces situations, avant d’initier la phase de diagnostic (ou simultanément à celle-ci), proposer une phase d’écoute bienveillante pour permettre aux personnes d’exprimer et de mettre en mots leurs ressentis premiers aura pour principaux bénéfices :

  • Le soutien immédiat aux individus en situation de fragilité,
  • La régulation des situations extrêmes où tensions et conflits sont exacerbés,
  • L’apaisement du contexte général pour permettre le travail de fond d’analyse des causes.

Ces entretiens ouverts n’ont alors pas pour vocation première de comprendre les fondements de la situation (même s’ils peuvent en donner de précieux indices).

Néanmoins, en accueillant la parole et les émotions liées à la situation de souffrance, ces entretiens ouverts permettront d’autant plus aux individus de s’engager par la suite dans une prise de recul sur le travail afin d’en analyser les déterminants ayant conduit à l’expérience de souffrance.

De ce fait, l’action de soutien peut constituer un préalable essentiel ou une phase simultanée complémentaire à la réalisation d’un recueil de données dans une visée de diagnostic. Cette phase dédpsyppsiée à l’expression de la souffrance pourra ainsi donner toute la dimension analytique aux futurs entretiens exploratoires permettant d’analyser la situation y ayant conduit.

Croisons nos regards sur le sujet avec Happineo, partenaire d’AD Conseil

Happineo met en place dans les entreprises un espace de parole tenu par des psychologues expérimentés, destiné à l’ensemble des salariés. Chaque salarié peut consulter un psychologue spécialisé dans sa problématique depuis où il le souhaite et tous les jours de la semaine grâce à la visioconférence. L’objectif est d’améliorer le bien-être collectif dans l’entreprise en passant par la résolution des souffrances individuelles de chaque collaborateur concerné.

Hélène Briand, Fondatrice d’Happineo : « L’analyse d’AD Conseil dans cet article est extrêmement intéressante et rejoint pour beaucoup notre pensée dans notre travail qui repose essentiellement sur les modèles énoncés en clinique de l’activité. »

En quoi la phase de soutien individuel est-elle donc complémentaire à la phase de diagnostic ? Qu’apporte-t-elle?

Plus qu’une logique amont / aval, la prévention tertiaire (ou curation) doit intervenir en parallèle de la prévention primaire et secondaire (ou prévention). Intellectuellement, on pourrait penser « les souffrances interviennent lorsque l’entreprise a mal mis en place sa prévention primaire et secondaire ». Autrement dit, ce propos sous-entendrait qu’il faut mieux prévenir pour ne pas avoir à guérir.

Cependant ce n’est pas entièrement exact dans la réalité pour deux raisons simples :

  • Les professionnels ne sont pas des feuilles blanches. Ils arrivent dans la structure qui les emploie avec leur passé, leur cadre de pensée, leurs fragilités. Individuellement, certains auront besoin de soutien à des moments de leur vie et de leur activité.
  • L’employeur n’est ni omniscient ni omnipotent et ne pourra pas, même en mettant en place un bon cadre de prévention, gérer les souffrances individuelles.

La réalité nous rappelle donc les limites de l’approche « prévention avant curation ». La curation pour être efficace doit intervenir en parallèle de la prévention.

En effet, la curation nourrit la prévention. Même si les entretiens individuels sont confidentiels, les domaines de souffrances peuvent-être remontés à l’entreprise pour venir alimenter la stratégie de prévention.

Aider individuellement pour mieux vivre collectivement

Pourquoi choisir de soutenir individuellement plutôt qu’en groupe ? Le soutien d’équipe est très performant mais ne peut pas intervenir seul. Prenons un exemple simple : Lorsque vous organisez une formation d’équipe à la gestion du stress, une fois la formation terminée, vous remarquerez que plusieurs participants iront parler à l’intervenant de leur situation individuelle. Tout simplement parce que, naturellement, nous voulons calquer notre situation personnelle à la théorie mais que, notre situation étant unique, elle ne rentre pas de manière évidente dans le cadre théorique. C’est là que repose tout l’intérêt de mixer les approches de groupes et individuelles, les approches préventives et curatives, pour d’abord ne pas nuire, puis comprendre et agir.

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