Vous avez dit burnout ?

Le 1er février 2018, l’Assemblée Nationale rejetait la proposition de loi sur le burnout visant à “faire reconnaître comme maladies professionnelles les pathologies psychiques résultant de l’épuisement professionnel”.

Régulièrement remis au centre des débats médiatiques, le burnout (ou épuisement professionnel en français) est un syndrome bien spécifique. Dans le discours politique et médiatique, le burnout est pourtant systématiquement amalgamé avec d’autres troubles psychosociaux (troubles anxieux, souffrance au travail, etc.). Cet enchevêtrement amène de nombreuses parties prenantes à des prises de position parfois alarmistes, parfois minimisantes, mais souvent peu fondées sur l’état réel des connaissances.

Ce n’est pourtant pas faute de recherches sur le sujet. En effet, le burnout a fait l’objet d’un vaste intérêt des chercheurs au cours des cinquante dernières années : en 2009, on comptait plus de 6000 livres, chapitres, thèses, et articles scientifiques consacrés à cette thématique. Revenons donc sur ce que la littérature scientifique nous dit sur le burnout.

Le burnout, à l’origine…

Ce concept a initialement été introduit par Freudenberger en 1974 pour caractériser la progressive perte d’énergie et d’investissement des volontaires travaillant dans la clinique dans laquelle il officiait. Le terme de burnout renvoyait à l’image d’un feu (de cheminée par exemple) qui, n’ayant pas été suffisamment alimenté, s’éteint (burn out).

Depuis, deux principales conceptualisations du burnout ont contribué à une meilleure compréhension de ce syndrome.

Deux conceptualisations majeures du burnout

La première, proposée par Schaufeli et ses collaborateurs en 1996 (réajustant la définition originelle de Maslach et Jackson en 1981) et adoptée par de nombreux chercheurs depuis, identifie trois composantes du burnout :

  • l’épuisement émotionnel : épuisement général, perte d’énergie et fatigue,
  • le cynisme : attitude distante et d’indifférence à l’égard du travail,
  • le sentiment d’efficacité professionnelle réduite : sentiment d’être peu compétent, évaluation négative des accomplissements passés et présents.

Certains chercheurs ont cependant avancé que ces composantes du burnout peuvent être confondues avec des traits de personnalité et sont ainsi susceptibles de troubler le diagnostic du burnout. Par exemple, le sentiment d’efficacité personnelle réduite qui est une composante du burnout (et donc en lien avec le travail) se rapproche de l’estime de soi qui est quant à elle une dimension plus individuelle, en lien avec la personnalité. Cette proximité conceptuelle pourrait donc rendre difficile de repérer le burnout d’une personne au regard de son sentiment d’efficacité personnelle réduite car il serait délicat de faire la différence entre ce qui relève de l’état de burnout en lien avec le travail ou de la disposition individuelle relative à l’image de soi de manière générale.

La seconde conceptualisation, proposée par Shirom et Melamed en 2006, caractérise quant à elle le burnout comme une perte d’énergie généralisée impliquant la combinaison d’états de :

  • fatigue physique : sentiment de fatigue, faible niveau d’énergie pour assurer les tâches professionnelles quotidiennes,
  • épuisement émotionnel : sentiment de manquer d’énergie pour investir les relations à autrui dans le cadre du travail,
  • lassitude cognitive : sentiment de ralentissement de la pensée, difficultés d’attention, de mobilisation, de concentration.

Cette conceptualisation du burnout est ainsi clairement ancrée dans la théorie de la conservation des ressources et renvoie précisément aux ressources énergétiques d’un individu (ressources émotionnelles, physiques ou cognitives).

En bref, il apparaît bien que quelles que soient les approches proposées pour caractériser l’épuisement professionnel, l’épuisement émotionnel apparaît comme une variable centrale du processus de burnout.

Prévenir le burnout pour éviter ses conséquences néfastes

N’oublions pas qu’indépendamment de la conceptualisation qui en est faite, si le burnout a fait l’objet de tant de travaux scientifiques, c’est parce qu’il est associé à des conséquences majeures pour les individus et les organisations qui les emploient.

À titre d’exemple, le burnout est associé à une hausse des troubles du sommeil et prédit une augmentation de l’insomnie et un accroissement des troubles musculo-squelettiques. Il a également été démontré qu’il augmentait les risques de maladies cardio-vasculaires par le biais d’une variété de mécanismes physiologiques (syndrome métabolique, activation du système nerveux sympathique, coagulation sanguine). Sans oublier l’accroissement de l’absentéisme, la rotation du personnel, ou la moindre performance qu’induit également le burnout.

Perspectives

A l’instar d’autres troubles psychosociaux, le burnout est un concept multidimensionnel complexe. Il émerge à l’interface des contraintes du travail et des ressources de chaque individu pour y faire face. Il est utile par conséquent de mieux outiller les professionnels de la santé au travail au moyen d’une grille de lecture stable, inclusive et exclusive.

Au-delà des aspects cliniques, il serait par ailleurs profitable de renforcer nos connaissances épidémiologiques afin d’avoir une connaissance véritable de la prévalence du burnout. Les quelques données chiffrées existantes en France reposent en effet sur des protocoles hasardeux et aucune étude indépendante fondée sur des standards épidémiologiques solides n’a été menée à ce jour.

Ainsi, une réelle cartographie du phénomène sanitaire permettrait de mettre en évidence les métiers ou les périmètres les plus affectés et ouvrirait le champ à des pratiques préventives réellement ciblées.

L’engagement dans une telle voie aurait le mérite de rationaliser le burnout et d’en refaire un objet sanitaire et non politique. Ce serait là le meilleur service à rendre aux nombreux travailleurs qui en souffrent ou en ont souffert.

Quelques références :

  • Halbesleben & Buckley, 2004
  • Hobfoll, 2001
  • Maslach, Schaufeli, & Leiter, 2001
  • Melamed, Shirom, Toker, Berliner, & Shapira, 2006
  • Schaufeli, Leiter, Maslach, & Jackson, 1996
  • Schaufeli, Leiter, & Maslach, 2009
  • Shirom, Melamed, Toker, Berliner, & Shapira, 2005
  • Sassi & Neveu, 2010
  • Toker, Melamed, Berliner, Zeltser, & Shapira, 2012
  • Toppinen-Tanner, Ahola, Koskinen, & Väänänen, 2009

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