Retour sur : Addiction envers le travail chez les directeurs

Retour sur notre article paru au printemps 2018 dans le numéro “ Les Directeur(rice)s d’ESSMS des « fusibles » sous (haute) tension … en quête de marge de manœuvre ?” de la revue “Les cahiers de l’ACTIF”. Dans cet article, nous explorions les effets négatifs de la surcharge de travail et de l’addiction envers le travail chez ces directeurs.

Un contexte sous tension

Contraints aujourd’hui de composer avec les multiples injonctions des gouvernances, les conflits d’équipe, la surconnexion, ou encore le travail en mode projet, les directeurs d’établissements sanitaires, sociaux, et médico-sociaux (ESSMS) font face à une complexification des responsabilités liée à la multiplication et à l’évolution des problématiques managériales. Un contexte dans lequel nombre d’entre eux déplorent plus que jamais la surcharge de travail qui caractérise leur fonction.

Ce contexte, associé à des problématiques telles que la gestion de l’absentéisme, le respect des dispositions conventionnelles ou de branche, l’allocation des ressources ou encore la régulation des relations sociales confrontent les directeurs à une charge de travail qui ne cesse d’augmenter, dépassant des seuils qu’ils n’auraient pas cru pouvoir gérer il y a quelques années.

Conséquences possibles de ce contexte

L’alourdissement de la charge de travail des directeurs implique la probabilité accrue que celle-ci nuise à leur santé psychologique et physique, et contribue à un déséquilibre entre leurs différentes sphères de vie. En effet, si de nombreuses études ont montré qu’une charge de travail excessive était potentiellement associée à des conflits entre les sphères de vie (par exemple entre le travail et la sphère personnelle) et à des effets néfastes sur la santé physique et psychologique de professionnels exerçant leur activité dans différents secteurs, aucune étude scientifique n’a, à notre connaissance, exploré de tels effets au sein de la population spécifique que sont les directeurs d’ESSMS français. Il nous semblait donc intéréssant de vérifier ces effets.

Focus sur l’addiction envers le travail des professionnels de direction

Nous avons également porté notre attention sur un phénomène de particulière importance pour les professionnels de direction : l’addiction envers le travail (workaholism en anglais). Initialement conceptualisé par Wayne E. Oates, en 1971, pour décrire sa propre addiction envers le travail, ce terme était alors défini comme «la compulsion ou le besoin incontrôlable de travailler sans cesse». D’autres auteurs ont depuis défini l’addiction envers le travail comme la tendance à travailler de manière excessive (dimension comportementale) et à être obsédé par le travail en travaillant de manière compulsive (dimension cognitive).

Si de nombreuses études se sont centrées sur les déterminants individuels de l’addiction envers le travail (par exemple le perfectionnisme), un autre courant de recherche suggère que les individus peuvent devenir enclins à l’addiction envers le travail, non pas en raison de facteurs personnels, mais parce que leur environnement de travail facilite ou encourage même cette addiction envers le travail.

En effet, les professionnels qui dépassent les attentes minimales liées à leur fonction sont souvent valorisés dans leur travail. Plus généralement, l’addiction envers le travail semble être une addiction acceptable et même appréciée, que les organisations n’essaient pas forcément de prévenir, mais qu’au contraire, elles peuvent avoir tendance à soutenir et à renforcer.

L’addiction envers le travail des directeurs d’ESSMS est encore plus susceptible d’être encouragée par les organisations dans la mesure où un investissement intense dans le travail tend généralement à être vu comme un signe de dévouement et d’implication susceptible d’être valorisé à ce niveau de responsabilité.

Une étude menée auprès de professionnels français

Une démarche de recherche appliquée a donc été conduite par AD CONSEIL et des chercheurs de l’Université de Tours afin de porter l’attention sur la surcharge de travail et l’addiction envers le travail de ces directeurs, et sur les effets de celles-ci.

Cette étude, menée auprès de plus de de 560 directeurs d’ESSMS français et parue dans Les Cahiers de l’ACTIF, a mis en évidence que l’environnement de travail des directeurs d’ESSMS et plus précisément leur surcharge de travail constitue un terrain favorable au développement de l’addiction envers le travail de ces derniers. En d’autres termes, la charge de travail excessive à laquelle sont confrontés ces professionnels renforce leur tendance à travailler de manière excessive et compulsive, au-delà de ce qui est raisonnablement attendu d’eux.

En tentant de gérer de manière dysfonctionnelle (addiction envers le travail) la surcharge de travail quantitative et qualitative à laquelle ils sont confrontés, les directeurs d’ESSMS allouent une énergie et un temps démesurés à leurs activités professionnelles, ce qui est à l’origine d’une variété d’effets néfastes. Plus précisément, cette étude montre que plus l’addiction envers le travail de ces dirigeants est forte, plus la probabilité de connaître un état de burnout, de vivre un déséquilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle et d’avoir un état de santé dégradé est importante.

Quelques pistes d’actions

Dans l’ensemble, notre étude encourage à sensibiliser les directeurs et les organisations qui les emploient quant aux effets néfastes de la surcharge de travail et de l’addiction envers le travail. En d’autres termes, ces résultats doivent modestement contribuer à une prise de conscience, dans une société qui valorise le dur labeur sous n’importe quelle forme, des limites d’une telle approche de l’activité professionnelle.

Dans notre article, paru dans Les cahiers de l’ACTIF nous proposons diverses perspectives pratiques.

À  un niveau organisationnel, tout d’abord, nous déclinons diverses actions préventives qui peuvent être menées afin que les organisations ne facilitent, n’encouragent, ou ne récompensent pas les comportements d’addiction envers le travail. Puis à un niveau individuel, nous évoquons des pistes d’action curatives qui peuvent être proposées aux directeurs qui souhaiteraient prendre en charge leur addiction envers le travail.

Pour en savoir plus >> cliquez ici

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